La résolution 425 du Conseil de sécurité de l’ONU et la participation française à la FINUL 1978 (Joseph Hokayem)

FINUL, Guerre civile libanaise (1975-1990), Guerre du Liban (1975-1990), Travaux de recherche personnels

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Contexte historique

 

Dans la nuit du 14 mars 1978, en riposte à une opération de fedayin palestiniens infiltrés à partir du Liban le 11 mars, et qui fait 37 tués près de Tel-Aviv, Tsahal envahit le Liban-Sud. Baptisée « Opération Litani », l’opération ne vise ni l’armée libanaise ni la Force arabe de dissuasion (FAD). Son but déclaré est de liquider les bases de fedayin à partir desquelles ces derniers lancent des attaques contre Israël.

 

C’est ainsi que plus de 25000 hommes soutenus par des blindés envahissent par trois axes le Sud-Liban. L’invasion terrestre est soutenue par des attaques navales contre les ports de Saïda et de Tyr, ainsi que par des raids aériens tout le long de la route côtière menant au Liban-Sud, et tenue principalement par les différentes factions palestiniennes.

 

Le 15 mars, Ezer Weizmann, ministre de la Défense israélien, affirme qu’Israël n’a pas l’intention d’occuper le Liban-Sud, tandis que le chef d’état-major de Tsahal, Mordechaï Gour, déclare vouloir établir une ceinture de sécurité le long de la frontière avec le Liban. Il assure que ses forces n’attaqueront que des objectifs situés dans une bande frontalière de 10 kilomètres de profondeur et n’atteindront pas le Litani. Pour confirmer toutes ces déclarations, le Premier ministre Menahem Begin annonce qu’Israël va créer un no man’s land dans une bande de 10 kilomètres de profondeur et 80 kilomètres de longueur. Radio Tel-Aviv annonce quant à elle que cette bande, nettoyée de toute présence palestinienne, sera remise aux milices chrétiennes dont Israël compte faire une véritable armée.

 

Le lendemain, l’offensive se poursuit pour réduire les dernières poches de résistance et détruire les batteries qui tirent sur la Haute Galilée. Les israéliens se heurtent à une résistance inattendue dans l’Arkoub, où se déroulent des combats au corps à corps. Le 17 mars, les combats gagnent en intensité et s’étendent.

 

Le 18 mars, les israéliens attaquent au nord des 10 kilomètres de profondeur initialement fixés et avancent vers le pont de Khardali sur le Litani. L’aviation bombarde Nabatiyeh, le château de Beaufort et Ansar où les fedayin ont aménagé une piste d’atterrissage de fortune. Le 19 mars, l’aviation fait usage de bombes à fragmentation pour la première fois.

 

Résolution 425 du Conseil de sécurité et création de la FINUL

 

Le 19 mars 1978, suite aux derniers événements tragiques qui secouent le Liban-Sud, le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit et adopte la résolution 425, qui ne condamne pas Israël, mais lui demande « que soient respectées l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance politique du Liban dans ses frontières internationalement reconnues, qu’Israël cesse immédiatement son action militaire à l’intérieur du Liban et retire sans délai ses forces de tout le territoire libanais ». La résolution décide également, à la demande du gouvernement libanais, de créer une Force intérimaire des Nations-Unies pour le Liban (FINUL).

 

La FINUL a pour missions de : « confirmer le retrait des forces israéliennes » et « aider le gouvernement libanais à assurer la restauration de son autorité effective dans la région ». C’est une mission doublement impossible car si l’armée israélienne se replie effectivement derrière la frontière, elle laisse derrière elle une « ceinture de sécurité », c’est-à-dire une série d’enclaves chrétiennes, solidement armées et assurant la protection de la zone de sécurité contre les incursions palestiniennes. Quant au fait de restaurer la souveraineté libanaise dans le sud, cette mission n’est applicable qu’à la seule condition de résorber l’Etat dans l’Etat que représente l’implantation palestinienne. Or, rien dans le mandat de la FINUL n’autorise les Casques bleus à entreprendre une action de ce genre.

 

Suite à son implantation géographique, la FINUL fait face, dans sa zone géographique, à la milice chrétienne locale alliée d’Israël, aux forces israéliennes, aux palestiniens, et enfin aux milices chiites dont notamment le Hezbollah. Cette force est ainsi placée dans une situation rendant impossible l’application des missions qui lui sont assignées. Sa présence est cependant un élément stabilisateur et est appréciée par les populations vivant dans un état de guerre permanent.

 

Les modalités de fonctionnement de la FINUL sont définies le 20 mars 1978 par la résolution 426 qui en fixe les effectifs à 4000 hommes initialement, qui seront portés à 6000 hommes par la résolution 427 du 3 mai 1978.

 

Début d’application de la résolution 425 et déploiement des premiers éléments français de la FINUL au Liban

 

Les 20 et 21 mars 1978, les israéliens stoppent leur avance et consolident leurs positions. Ils continuent le bombardement du Arkoub et de Tyr, entraînant la riposte des palestiniens qui pilonnent des localités israéliennes. Ce n’est que le 28 mars 1978 qu’Arafat ordonne un cessez-le-feu général, après avoir reçu des menaces israéliennes de reprendre l’offensive.

 

Le bilan de l’invasion israélienne est évalué côté libanais à 1168 morts dont 50% sont des civils. Les palestino-progressistes déplorent 150 à 200 morts selon l’OLP, 250 à 400 morts selon Israël. Les pertes israéliennes s’élèvent à 20 morts selon Tel-Aviv, 450 morts et blessés selon les palestiniens. Selon la Croix-Rouge, 80% des localités du Liban-Sud ont subi de sérieux dommages et sept ont été quasiment détruites. 285000 Sudistes ont dû subir l’exode.

 

Le détachement français mis à la disposition de l’ONU pour faire partie de la FINUL (mars 1978)

 

Le premier contingent français participant à la FINUL est composé d’éléments du 3e RPIMa basé à Carcassonne, ayant à sa tête le Colonel Jean Salvan. Il est composé d’un élément de commandement et de 3 Compagnies de Combat. Il est renforcé par des éléments de reconnaissance du 17e Génie, des éléments du 1er Escadron du Régiment d’Infanterie et de Chars de Marine (1er RICM), d’une section de réparation du matériel, …

 

Les premiers éléments français arrivent le 22 mars à Beyrouth. Ils sont suivis de près par le reste du contingent, le 23 mars. Dès leur arrivée, ils font l’objet d’un accueil particulièrement chaleureux. Le lendemain, ils reçoivent l’ordre de se porter au plus tôt dans la région de Tyr, avec pour instructions de n’entreprendre aucune action sans obtenir l’accord de toutes les parties intéressées et en agissant avec souplesse, patience et modération, l’emploi des armes devant être réservé à la légitime défense.

 

Le Colonel Salvan fait établir sa base d’opérations dans la caserne de Tyr, auparavant occupée par un petit détachement palestinien. La FINUL refuse l’engagement d’un combat contre les palestiniens pour se saisir du pont de Kasmiyé. En effet, ce pont commande la seule route par laquelle les palestiniens peuvent acheminer du matériel vers la poche qu’ils conservent à Tyr. Pour cette raison, ces derniers refusent de le céder à la FINUL. Dans ces conditions, le contingent français décide de verrouiller la poche de Tyr.

 

Le 26 mars, les premiers postes sont mis en place. Pour se familiariser avec le terrain, et prouver à toutes les parties en présence leur présence, les parachutistes français poussent des patrouilles à pied ou motorisées dans toutes les directions. Ceci va leur permettre de découvrir très rapidement des dépôts importants d’armes, de mines et de munitions accumulés par les palestiniens au fil des années.

 

La caserne de Tyr et les divers postes d’observation sont harcelés quotidiennement par les palestiniens, entraînant une réplique vigoureuse à chaque fois que le tir est ajusté. Le caporal-chef Godiris est le premier parachutiste français à tomber, le 24 avril 1978, au cours d’un de ces tirs de harcèlement.

 

Le 2 mai 1978, en fin d’après-midi, un petit convoi de ravitaillement français tombe dans une embuscade, à 4 kilomètres à l’est de Tyr. En même temps, une centaine de combattants palestino-progressistes attaquent la caserne de Tyr. En début de soirée, en allant négocier un cessez-le-feu avec les palestino-progressistes, le Colonel Salvan, l’Adjudant Santini et le Caporal Meresse sont pris dans une embuscade, sous un feu nourri d’armes automatiques. Santini est tué sur le coup, Salvan et Meresse sont gravement touchés. Le bilan de la journée pour le contingent français est lourd : 3 morts, 13 blessés et le commandant du contingent mis hors de combat. Mis dans l’incapacité de continuer à assumer son commandement, le Colonel Salvan est remplacé par le Lieutenant-colonel Viard.

 

Des incidents, provoqués aussi bien par les milices chrétiennes sous instigation israélienne que par les palestino-progressistes, se produiront jusqu’à la fin du séjour du premier contingent français au Liban. Le 3e RPIMa sera remplacé par des éléments du 8e RPIMa appuyés d’un escadron du 1er Hussards.

 

En conclusion, nous pouvons dire que le problème du Liban moderne est d’assurer la coexistence d’une chrétienté homogène, enracinée, décidée à conserver sa foi et son mode de vie, avec un Islam remuant, obsédé par l’unité arabe, fasciné par les révolutions de la périphérie. C’est à cette œuvre que les Casques bleus de la France ont contribué par leur dévouement et leurs sacrifices malgré leurs faibles moyens et le secteur restreint qui leur était imparti.

 

Texte de la résolution 425 du Conseil de Sécurité de l’ONU du 19 mars 1978

 

Le Conseil de sécurité,

 

Prenant note des lettres du représentant permanent du Liban (S/12600 et S/12606) et du représentant permanent d’Israël (S/12607),

 

Ayant entendu les déclarations des représentants permanents du Liban et d’Israël,

 

Gravement préoccupé par la détérioration de la situation au Moyen-Orient et ses conséquences pour le maintien de la paix internationale,

 

Convaincu que la présente situation entrave l’instauration d’une juste paix au Moyen-Orient,

 

1-Demande que soient strictement respectées l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance politique du Liban à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues.

 

2-Demande à Israël de cesser immédiatement son action militaire contre l’intégrité territoriale du Liban et de retirer sans délai ses forces de tout le territoire libanais.

 

3-Décide, compte tenu de la demande du gouvernement libanais, d’établir immédiatement sous son autorité une Force intérimaire des Nations unies pour le sud du Liban aux fins de confirmer le retrait des forces israéliennes, de rétablir la paix et la sécurité internationales et d’aider le gouvernement libanais à assurer la restauration de son autorité effective dans la région, cette force étant composée de personnels fournis par des Etats membres de l’Organisation des Nations unies.

 

4-Prie le secrétaire général de lui faire rapport dans les vingt-quatre heures sur l’application de la présente résolution.

 

Bibliographie

 

-Alain Gresh et Dominique Vidal, Les 100 clés du Proche-Orient, Ed. Hachette Littératures, Coll. Pluriel, 2003.

 

-Georges Corm, Le Proche-Orient éclaté : 1956-2000, Ed. Gallimard, Coll. Folio histoire, 2001.

 

-Jean Daniel, La guerre et la paix Israël-Palestine. Chroniques : 1956-2003, Ed. Odile Jacob, 2003.

 

-Karim Pakradouni, La paix manquée. Le mandat d’Elias Sarkis (1976-1982), Ed. FMA, 1983.

 

-Jean Sarkis, Histoire de la guerre du Liban, Ed. PUF, 1993.

 

-L’Orient-Le Jour, quotidien libanais francophone, de l’année 1978.

PUBLICATION : L’ARMEE LIBANAISE PENDANT LA GUERRE, UN INSTRUMENT DE L’AUTONOMIE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE (1975-1985)

Bibliographie, Travaux de recherche personnels

J’ai le plaisir de vous annoncer que j’ai publié mon premier ouvrage d’histoire militaire “L’armée libanaise pendant la guerre, un instrument de l’autonomie du président de la République (1975-1985)” que vous pouvez trouver à l’adresse suivante: http://www.youscribe.com/catalogue/livres/savoirs/sciences-humaines-et-sociales/l-armee-libanaise-pendant-la-guerre-un-instrument-de-l-autonomie-du-1823450