Gaza, des ressources pétrolières en mal d’exploitation (par Georges J. Nasr, in L’Orient-Le Jour du vendredi 22 juin 2007)

Pétrole

Le résultat immédiat de la rivalité entre le Hamas et le Fateh est, évidemment, une division entre palestiniens, et la partition de ce qui reste de la Palestine entre Gaza et la Cisjordanie. Les conséquences à long terme sont bien plus graves encore: une telle division entre « Fatehland » et « Hamastan » hypothéquerait en effet la viabilité d’un futur Etat palestinien, chaque territoire se privant de l’appui de l’autre quand viendra le temps des négociations sur l’accès aux ressources.

Le territoire de Gaza est pauvre en eau, et se trouve en aval de la zone aquifère côtière. L’accès israélien aux ressources hydrauliques n’a donc pas été affecté outre mesure par le désengagement unilatéral d’août 2005. L’intérêt israélien se trouvait ailleurs, en ce qui concerne Gaza. Les fonds marins le long de la côte de Gaza recèlent en effet d’importantes ressources en hydrocarbures.

L’intérêt israélien pour de telles ressources ne date pas d’hier. Pendant la guerre de 1948, l’interruption par l’Irak de ses exportations via la raffinerie de Haïfa avait eu des répercussions graves en Israël. Vers la mi-Décembre 1948, on estimait même qu’il restait à l’armée de l’air israélienne moins de six mois de réserves en carburant. Israël surmonta cette crise, et parvint à trouver du carburant en recyclant les résidus des réservoirs de Haïfa, avant d’importer du Venezuela, du Bloc soviétique, de l’Iran du Chah… Dès les années 1950, les israéliens s’activèrent à améliorer leur position énergétique de façon durable, et cherchèrent à trouver des ressources locales.

Jusqu’aux années 1990, leurs travaux d’exploration avaient donné peu de résultats, malgré quelques trouvailles « onshore », tel le champ gazier « Zohar », au potentiel de plus de 1.8 km3, et d’autres champs moins rentables, tels que « Gurim » (gaz) et « Zuk Tamrur » (pétrole). Ceci changea dans les années 1990, avec la découverte de champs gaziers exceptionnellement riches « offshore », le long de la côte de Gaza et jusqu’au large de la ville côtière d’Ashdod. Leur capacité totale est aujourd’hui estimée à plus de 90 km3; les réserves des champs israéliens « Mari », « Nir », et « Noa », les plus larges champs exploités à ce jour, seraient de plus de 48 km3. Une étude publiée en 2001 dans la revue du Centre Jaffee d’études stratégiques de l’Université de Tel-Aviv rapportait qu’elles suffiraient à couvrir les besoins domestiques en gaz « des 20 années à venir ».

En l’absence d’un accord territorial final entre israéliens et palestiniens, l’accès de ces derniers aux ressources est loin d’être assuré. En effet, les israéliens insistent pour que Gaza et ses eaux territoriales restent des territoires « contestés » et non pas « occupés ». Du fait qu’ils n’étaient que sous administration égyptienne avant juin 1967, et non pas sous la souveraineté reconnue d’un Etat, leur statut final ne pourrait qu’ « être déterminé par négociations », selon Israël. La compagnie British Gaz avait bien annoncé la découverte du champ « Gaza » à 15 miles nautiques au large de la côte de Gaza, avec plus de 30 km3 de capacité. Mais, confrontées au vide juridique, les compagnies intéressées préférèrent ne pas risquer les 500 millions de dollars nécessaires au développement de l’exploitation de ce champ.

Ainsi, alors que l’exploitation va bon train dans les eaux territoriales israéliennes, et qu’Israël continue d’améliorer sa « position sur le terrain », les champs au large de Gaza attendent toujours d’être exploités. Cette manne fait défaut à une région densément peuplée, où près de 60% des ménages survivent en deçà du seuil de pauvreté, ainsi qu’à un Etat palestinien dont 70% du budget est constitué par les aides internationales.

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