L’eau: enjeu stratégique dans le conflit israélo-arabe (Dr. Walid Arbid)

L'enjeu stratégique de l'eau au Moyen-Orient

L’importance que l’on accorde au problème de l’eau s’inscrit dans la politique de gestion des ressources et des richesses naturelles dans l’ensemble des pays du Moyen-Orient.

Elle s’inscrit aussi dans un cadre plus large, compte tenu d’une pression démographique croissante, résultant de la conjonction de deux tendances qui s’additionnent, l’immigration de nouveaux colons en Israël, et l’accroissement naturel des populations arabes.

La sonnette d’alarme avait déjà été tirée, au milieu des années 1980, par deux experts de l’université de Pennsylvanie: « En 1995, la Jordanie, Israël et la Cisjordanie occupée auront virtuellement épuisé toutes leurs sources d’eau renouvelables s’il n’y a pas eu de changement radical de la consommation (Revue France pays arabes, numéro 190, mars 1995, p.19).

De même, le 26 juin 1990, trois universitaires américains, les professeurs Naff, Waterbury et Kolars (respectivement des universités de Pennsylvanie, de Princeton et du Michigan) ont exposé devant la commission des représentants pour l’Europe et le Moyen-Orient « la question de l’eau dans la décennie 90 », insistant sur l’extrême gravité de la situation dans la région.

Depuis, la situation ne s’est pas améliorée, bien au contraire. Aussi, le dossier de l’eau figure-t-il en très bonne place sur la table des négociations entre israéliens et arabes.

Loin d’être théorique, la question de l’eau présente un caractère d’actualité puisque, lors de l’ouverture des négociations israélo-arabes à Madrid en novembre 1991, certains protagonistes, en particulier Israël, insistaient pour avancer en priorité sur les dossiers techniques, dont celui de l’eau, dans le cadre de réunions multilatérales, tandis que d’autres, en particulier la Syrie, exigeaient d’abord un règlement juridique international des problèmes bilatéraux de belligérance et d’occupation (Elizabeth Picard, « Les problèmes de l’eau au Moyen-Orient », dans Maghreb-Machrek numéro 138, octobre-décembre 1992, p.8).

Il est bien évident que la question de l’eau présente un enjeu stratégique qui relève de la sécurité nationale et qui présente aussi de multiples enjeux économiques et géopolitiques. La question du partage de l’eau, au Moyen-Orient, largement désertique, deviendra-t-elle une nouvelle cause de conflits? Pourtant la reconnaissance mutuelle entre palestiniens et israéliens qui se sont affrontés pendant un demi siècle et l’accord qui fut signé par Yasser Arafat et Itzhak Rabin le 13 septembre 1993 à Washington, constituent l’événement historique de ces derniers jours. Faut-il donc parler aujourd’hui de l’importance de l’eau en tant qu’enjeu vital dans le processus de paix? Notre étude est consacrée à éclairer cette question dans cette perspective, mais elle se veut aussi une contribution, même partielle, à l’information et à la réflexion.

Un premier pas est déjà franchi lorsqu’on repère et que l’on essaie de traiter séparément les divers litiges du problème de l’eau, même s’il faut reconnaître que leur imbrication est étroite.

On voit donc que la question de l’eau dans le conflit israélo-arabe, quel que soit le champs d’observation, est un sujet dont tout le monde évite de parler trop fort, mais qui est présent dans tous les débats stratégiques au Moyen-Orient.

D’ailleurs, la revue française, « L’Evénement du Jeudi » a déjà écrit que « l’eau est la nouvelle bombe à retardement du Proche Orient » (L’Evénement du Jeudi, 31 octobre 1991). On peut ajouter également la déclaration du ministre israélien des Affaires Etrangères, Shimon Pérès, affirmant « que la prochaine crise de l’eau entre les nations de la région sera plus importante que celle du pétrole » (L’Evénement du Jeudi, 31 octobre 1991). De même, on peut citer la fameuse phrase de l’ancien président égyptien Anwar el-Sadate après les accords de Camp-David: « De l’eau sacrée pour la ville sacrée: l’eau du Nil pour la ville de Jérusalem » (Abdenour Benantar, « La question de l’eau dans les négociations arabo-israéliennes », dans Revue d’études palestiniennes, numéro 47, Printemps 1992, p.82).

A vrai dire, l’eau est à la fois symbole de richesse et atout économique et politique. L’enjeu hydraulique a remplacé l’enjeu pétrolier tant dans les cercles politico-stratégiques que dans les scénarios d’études prospectives élaborés par des futurologues.

Les aspects économiques du conflit israélo-arabe ont toujours été subordonnés à de longues discussions politiques. Mais selon Thomas Stauffer, les obstacles économiques sur la voie de tout règlement de paix global, quel qu’il soit, ne sont pas moins difficiles à surmonter que les obstacles politiques; car la paix, pour les différentes parties en conflit, ne coûterait pas seulement des territoires, dans la mesure où elle impliquerait aussi des concessions sur les avantages économiques acquis grâce à l’état de guerre, et en particulier dans le domaine de l’eau (Thomas Stauffer, « Israel and Arab water resources », dans Arab American Affairs, 1984).

Il faut donc examiner comment se présente aujourd’hui la situation en Israël, et quelles seraient les conséquences probables si l’état de guerre persistait.

En Israël, on estime que l’urbanisation croissante et l’amélioration du niveau de vie nécessiteront un apport supplémentaire de 600 millions de m3 pour l’année 1990. Si ce supplément fait défaut, il faudra obligatoirement prélever pour la consommation domestique le tiers de la quantité d’eau affectée aujourd’hui à l’agriculture. Il en résultera une récession économique et sociale, sans parler du dommage causé par une politique de répartition de la population (Abderrahman al-Tamimi, « L’eau et son rôle dans l’élaboration de la paix au Proche-Orient », Maghreb-Machrek, numéro 139, octobre 1992, p.44).

Israël doit déjà faire face à une sérieuse pénurie d’eau aggravée par l’extension de l’agriculture irriguée dans le Néguev, l’expansion industrielle, et la politique d’implantation en Cisjordanie et en Israël même. Il n’y a plus de nouvelles ressources disponibles sur le territoire d’Israël. Quant aux procédés modernes, tels que le dessalement de l’eau de mer ou le traitement des eaux usées, ils sont extrêmement onéreux. Dans un tel contexte, quels sont les palliatifs qui éviteraient à Israël un dramatique déficit en eau?

Pour mieux répondre à cette question ou tout du moins pour apporter quelques éléments de réponse, il nous faut rappeler ce que fut historiquement la stratégie israélienne dans ce domaine.

L’EAU, STRATEGIE SIONISTE POUR LE FUTUR ETAT HEBREU

Avant la création de l’Etat israélien en Palestine en 1948, les responsables sionistes avaient déjà pensé à la sécurité hydraulique du futur Etat hébreu.

Dans l’optique d’une stratégie à long terme, le président de l’organisation sioniste mondiale, Haïm Weizmann, avait écrit au Premier ministre de Grande-Bretagne en lui demandant l’élargissement de la frontière nord de la Palestine, ceci pour englober toutes les sources d’eau, autrement dit, déterminer les frontières de la Palestine non seulement sur la base de considérations religieuses et historiques, mais aussi hydrauliques.

Il faut rappeler qu’en 1919, lors de la conférence de Paris, Weizmann avait demandé que les frontières nord de la Palestine englobent Jabal al-Chaykh et les sources des deux fleuves Jourdain et Litani. Selon ce plan, les limites nord de la Palestine auraient pénétré de 25 milles dans le territoire libanais, ainsi que dans le territoire syrien, afin de dominer le plateau du Golan et la zone du bassin du Yarmouk. Ceci explique en fait l’implantation juive au nord de la Palestine où se trouvent 85% des réserves d’eau (Al-Qabas, numéro 1694-1695 du 14-15 juillet 1990, p.3).

En 1921, le mouvement sioniste obtient du mandataire britannique en Palestine l’autorisation de créer une entreprise hydro-électrique pour l’exploitation des eaux du Jourdain, du Yarmouk et de celles du lac de Tibériade. En 1936, l’Agence juive, en collaboration avec l’union des travailleurs sionistes, fonda la société MEKOROT (le gouvernement israélien possède actuellement 33% des actions de Mekorot, le reste étant distribué entre l’Agence juive, le Fond national juif et l’Union des travailleurs sionistes), pour la réalisation des projets hydrauliques en Palestine (Abdenour Benantar, « La question de l’eau dans les négociations arabo-israéliennes », dans Revue d’études palestiniennes, Printemps 1992, p. 83).

La stratégie sioniste ne s’arrête pas là. Pour préparer un plan de développement hydraulique qui conviendrait au futur Etat hébreu, l’organisation sioniste fait appel à l’agronome Walter Clay Lowdermilk, qui publie en 1944 ses propositions dans un ouvrage intitulé: « Palestine: land of promise ». Le regard de Lowdermilk se porte sur la gestion de la vallée du Jourdain. Celle-ci suppose en premier lieu l’expoitation des eaux du Jourdain, du Yarmouk, du Banias, du Hasbani et du Zarqa afin d’irriguer les terres du bassin du Jourdain qui pourraient recevoir 4 millions d’immigrants juifs en plus des 1.8 millions d’habitants qui déjà y résident. En deuxième lieu, elle met l’accent sur l’énergie grâce à des moyens peu coûteux. Le développement énergétique devait passer par la réalisation d’un canal liant la Méditerranée à la Mer Morte et permettre la réalisation des projets hydrauliques (le Jourdain est au-dessous du niveau de la mer). L’idée de ce canal fut développée et sera baptisée Med-Dead Canal.

Depuis 1948, Israël a mené une politique de mise en valeur de l’ensemble de ses ressources hydrauliques, avec l’aide d’un ingénieur américain, John Cotton, conseiller auprès du gouvernement israélien de 1951 à 1955, l’Etat hébreu commença à creuser un canal de déviation près des frontières avec la Syrie.

C’est alors que la Syrie, réagissant vite, va masser des troupes à la frontière. Pour maîtriser cette crise qui est devenue « stratégique » et vitale pour les deux pays, les américains à travers leur président Eisenhower vont dépêcher dans la région le conseiller du président, Eric Johnston. Celui-ci propose un plan régional d’exploitation du Jourdain entre les pays riverains, plan basé sur le travail de Charles Main (Abdenour Benantar, « La question de l’eau dans les négociations arabo-israéliennes », dans Revue d’études palestiniennes, numéro 47, Printemps 1992, p.83).

A vrai dire, les parties concernées ont accepté le projet du point de vue technique, mais ils le refuseront sur le plan politique et stratégique (Thomas Naff and Ruth Matson, « Water in the Middle East: conflict or cooperation? », Boulher co., Westview press, 1984, p.24). Le projet Johnston sera enterré et le dossier des négociations hydrauliques refermé sans que soit réglé le litige entre les trois pays riverains, suite à l’expédition tripartite (Israël, France et Grande-Bretagne) contre l’Egypte en 1956.

Cependant, Israël poursuit ses projets sur le Jourdain, parallèlement le Royaume Hachémite commença la réalisation du canal du Ghor, constituant la première étape de son projet, « grand projet du Yarmouk ».

Le conflit israélo-arabe a toujours constitué un terrain de choix pour la confrontation Est-Ouest. Pour les Etats arabes et leur adversaire Israël, le conflit armé devient quasiment fatal selon un scénario devenu presque familier, des incidents apparemment mineurs ou une impasse politique fortuite déclenchent une crise qui se développe en une menace de guerre que personne ne pourra vraiment contrôler. Si l’on suit les incidents qui ont précédé la troisième guerre israélo-arabe de 1967, dite des six jours, on est frappé par la disproportion entre ceux-ci et leur aboutissement tragique.

Tout devait rebondir avec l’affaire des eaux du Jourdain, après que les Etats arabes eussent rejeté le projet Johnston. Tandis que les travaux entrepris par Israël soulevaient périodiquement des plaintes auprès de l’ONU, en 1960, une commission technique de la Ligue arabe avait préparé un projet de mise en valeur des affluents du Jourdain au profit de trois pays arabes (la Jordanie, la Syrie et le Liban).

En 1964 Israël, qui vient de terminer les ouvrages de captation, s’apprête à mettre en marche ses stations de pompage. Pour les pays arabes, il s’agit d’un « acte d’agression » devant lequel ils ne peuvent demeurer inactifs. Alerté, le président Gamal Abdel-Nasser, leader incontesté de l’arabisme, convoque aussitôt les souverains et chefs d’Etats arabes au Caire. C’est la première d’une série de conférences au sommet, qui se réunit au Caire du 13 au 16 janvier 1964. Mais pour Nasser, la question des eaux du Jourdain est surtout un enjeu stratégique aussi important que la construction du barrage d’Assouan en 1960. Dans le communiqué final au sommet du Caire, les chefs d’Etats arabes se contentent de réaffirmer avec plus de force les résolutions prises précédemment et qui prévoyaient notamment:

1)La constitution d’un commandement unifié sous l’autorité du général égyptien Ali Amer.

2)La mise en oeuvre d’un plan de détournement des affluents du Jourdain sous l’autorité de ce même commandement unifié.

3)La création d’une « Entité palestinienne ».

A cet égard, Simon Jargy écrit: « Ce n’était donc pas une intention belliqueuse qui avait présidé au sommet du Caire. Le détournement des affluents du Jourdain devait surtout servir d’avertissement aux occidentaux et à Israël: sans doute espérait-on dans les milieux de la Ligue, que tout serait tenté pour empêcher les arabes de mettre leurs projets à exécution » (Simon Jargy, « L’Orient déchiré », Ed. Labor, Genève, 1984, p.130). Mais les dirigeants arabes n’avaient pas compté avec l’exploitation qui serait faite de ces résolutions aussi bien sur le plan international qu’inter-arabe (Simon Jargy, « L’Orient déchiré », Ed. Labor, Genève, 1984, p.130).

Selon « The Jerusalem Post », le ton monte lorsque le Premier ministre israélien, Levi Eshkol, déclare le 20 janvier 1964 que son gouvernement « ripostera à toute tentative des arabes de détourner les affluents du Jourdain » (The Jerusalem Post, 21 janvier 1964). A cette menace à peine déguisée, vont répondre des propos ambigus tenus, le 21 janvier, par le sous-secrétaire d’Etat adjoint américain, Alexis Johnson: « Le gouvernement américain n’adopterait pas une attitude passive si une agression venait à être commise au Proche-Orient » (L’Orient, 23 janvier 1964).

L’Union Soviétique s’en mêle à son tour en dénonçant le plan israélien de détournement des eaux du Jourdain comme « portant un grave préjudice aux pays arabes riverains comme la Syrie et la Jordanie »; elle accuse Israël et les Etats-Unis de préparer une agression militaire semblable à celle de 1956 (Simon Jargy, « L’Orient déchiré », Ed. Labor, Genève, 1984, p.131).

La deuxième conférence au sommet qui se réunit à Alexandrie, du 5 au 11 septembre de la même année, révèle le fossé qui sépare les désirs des réalités. Sur le plan technique, les recommandations des experts prévoyaient le détournement effectif des affluents du Jourdain, Hasbani et Wazzani au Liban et en Syrie, du Yarmouk en Jordanie. Les délégations présentes soulignent aussitôt les difficultés d’exécution de ces projets. C’est le président libanais Charles Hélou, qui manifeste le plus clairement son opposition en arguant du risque qu’un tel détournement pourrait entraîner en un moment où ni son armée ni les autres armées arabes ne se trouvent militairement prêtes à soutenir une guerre contre Israël. La Jordanie formule des objections identiques. En revanche, la Syrie seule voudrait une guerre immédiate. Nasser lui même allait rappeler au président syrien qu’il était peu réaliste (Simon Jargy, « L’Orient déchiré », Ed. Labor, Genève, 1984, p.131).

Sans doute, le conflit sur les eaux du Jourdain, du Yarmouk et de l’Oronte fut-il la cause principale de la guerre des six jours. En effet, l’eau est un aspect majeur de la question palestinienne et de la lutte concernant l’avenir des territoires arabes occupés.

Il faut rappeler aussi que la stratégie de dissuasion israélienne repose sur le concept de « frappe préventive ». Toute action arabe contre Israël comme le changement économique et militaire, l’embargo maritime, la privation des sources d’eau…est considérée comme une déclaration de guerre.

Il faut remarquer que l’eau est bien placée dans la stratégie militaire israélienne, comme le prouveront les attaques aériennes contre les installations hydrauliques jordano-syriennes en avril et mai 1967.

L’idée selon laquelle la guerre des Six Jours aurait été sans aucun doute en grande partie une guerre de l’eau nous semble un fait bien établi. Cette guerre arabo-israélienne de 1967 a fourni à l’Etat hébreu l’occasion historique de mettre fin aux projets hydrauliques arabes et de réaliser le projet sioniste. A vrai dire, lors de cette guerre, Israël a pu établir son contrôle sur les régions stratégiques qui peuvent désormais lui assurer la sécurité hydraulique (Abdenour Benantar, « La question de l’eau dans les négociations arabo-israéliennes », dans Revue d’études palestiniennes », numéro 47, Printemps 1992, p.86)

L’EAU: ARME GEO-STRATEGIQUE DANS LE CONFLIT

Sur le plan de l’approvisionnement en eau, les israéliens sont devenus les maîtres de la région en la matière après la guerre de 1967. Le problème de la répartition des ressources en eau entre l’Etat hébreu et ses voisins est incontestablement le problème politico-stratégique le plus compliqué à résoudre. En l’absence d’une législation internationale définie, tout accord nécessite une certaine coopération, d’autant plus difficile à établir que le réseau hydraulique ignore les frontières.

On peut lire sous la plume de Françoise Chipaux dans « Le Monde »: « La situation des différents pays de cette partie du Proche-Orient n’est pas totalement comparable, libanais et syriens étant, pour le moment, les moins sévèrement touchés par les pénuries, mais il est évident que la Cisjordanie, le Golan, le sud du Liban, occupés par Israël, sont des régions d’une importance vitale pour ce pays » (Le Monde, 28 janvier 1992). Faut-il rappeler que 67% de la consommation d’Israël en eau provient de l’extérieur de ses frontières de 1948, 35% de la Cisjordanie et des affluents du Jourdain, 22% du plateau du Golan.

En occupant ce plateau où la pluviométrie est abondante, ainsi qu’une portion du Liban, Israël s’est en effet assuré la maîtrise des trois éléments formant le cours supérieur du Jourdain, c’est-à-dire les rivières Hasbani (au Liban), Banias (Syrie) et la source du Dan (en territoire israélien, depuis l’annexion de sept villages libanais en 1949) (Walid Arbid, « L’eau: enjeu stratégique au Moyen-Orient », conférence donnée au centre d’études diplomatiques et stratégiques à Paris, le 16 mars 1993). Tandis que le Jourdain alimente en eau Israël, mais aussi les nappes souterraines dont l’une se situe entièrement en Cisjordanie. Une des premières initiatives de l’Etat hébreu au lendemain de l’occupation de ce territoire, après la guerre de 1967, avait d’ailleurs été de déclarer l’eau « ressource stratégique sous contrôle militaire ». Depuis cette date, les palestiniens de ce secteur se sont vu interdire tout creusement de puits, et la surface des terres irriguées exploitées par eux en Cisjordanie est tombée de 27% avant 1967 à 3.7% aujourd’hui.

A ce sujet, le chroniqueur militaire israélien Zeev Sehiff écrit: « Sans une garantie de coopération et sans ajustements spécifiques sur sa frontière et permettant de mettre à l’abri une partie de ses sources d’eau, Israël ne devrait accdepter aucun retrait de Cisjordanie. Il est important que les experts en eau jouent un rôle décisif dans la détermination des frontières définitives d’Israël (Le Monde, 28 janvier 1992).

En revanche, l’annexion du plateau du Golan par Israël, le 14 décembre 1981, offre un double intérêt hydro-stratégique. Le président syrien Hafez el-Assad a fait savoir que « même si l’OLP reconnaissait Israël, la Syrie ne pourrait le reconnaître ». En répondant à cette déclaration, l’ancien Premier ministre Yitzhak Shamir « estime que les israéliens ne pouvaient rendre le Golan à la Syrie et annonça qu’Israël avait décidé de traduire sa position par un acte juridique (Abdenour Benantar, « La question de l’eau dans les négociations arabo-israéliennes », dans Revue d’études palestiniennes, numéro 47, Printemps 1992, p.86). L’occupation du plateau du Golan permet à Israël de contrôler les sources des deux affluents du Jourdain, le Hasbani et le Banias, qui contribuent pour un tiers au débit du fleuve en fournissant environ 12.5 millions de m3 par an. De plus, à partir du sud du Golan, on domine complètement le lac de Tibériade, qui fournit le quart de l’eau consommée par Israël. Enfin, le Golan assure le contrôle de la moitié des rives du Yarmouk (Abdenour Benantar, « La question de l’eau dans les négociations arabo-israéliennes », dans Revue d’études palestiniennes, numéro 47, Printemps 1992, p.86).

L’autre région stratégique tombée sous contrôle israélien est la Cisjordanie, où les pluies qui tombent sur les collines constituent la source principale des eaux du sous-sol palestinien. En plus du Golan et de la Cisjordanie, il y a aussi la bande de Gaza. La situation à Gaza, où s’entassent six cent cinquante mille palestiniens sur une étroite bande de 360 kilomètres carrés le long de la Méditerranée, est encore plus explosive. Surexploitée à la fois par la population arabe, les dix mille colons et les fermiers israéliens qui s’entassent sur ce territoire, la nappe phréatique s’est épuisée à tel point que l’eau de mer y pénètre, la rendant saumâtre.

On estime que la population de Gaza dépassera 1 million d’ici l’an 2000; il existe donc un besoin urgent de trouver des sources supplémentaires d’approvisionnement, qu’il s’agisse de l’eau importée des régions environnantes, du recyclage des eaux usagées et/ou du dessalement de l’eau de mer (Natasha Beschorner, « L’eau et le processus de paix israélo-arabe », in Politique étrangère, numéro 4/1992, p.844). La bande de Gaza n’est pas considérée comme faisant partie du réseau hydraulique d’Israël, même si les zones de peuplement israélien de Qalif sont approvisionnées par aqueduc depuis les régions situées au-delà de la ligne verte (environ 3 millions de mètres cubes par an) (Natasha Beschorner, « L’eau et le processus de paix israélo-arabe », in Politique étrangère, numéro 4/1992, p.844).

L’eau, de quelque origine qu’elle soit, prend donc une importance décisive dans la recherche de la paix au Moyen-Orient. C’est particulièrement vrai lorsqu’on examine les eaux du Liban et l’alimentation du lac de Tibériade.

Faut-il rappeler que les premiers plans pour l’Etat d’Israël, élaborés par Lowdermilk (1944), prévoyaient l’utilisation de l’eau du Litani et, durant l’invasion israélienne du Liban, on disait que le but caché de l’opération était de prendre le contrôle du fleuve. L’importance, donc, du Liban dans la répartition des ressources hydrauliques dans la région va probablement s’accroître dans l’avenir, les années de guerre ayant rendu particulièrement difficile l’évaluation de ses ressources et de ses niveaux de consommation. Selon N. Beschorner, « la vérification des données demeure très problématique et elle est à l’origine des nombreuses spéculations concernant aussi bien le potentiel hydraulique du Liban lui-même que les visées israéliennes sur le Litani (Natasha Beschorner, « L’eau et le processus de paix israélo-arabe », in Politique étrangère, numéro 4/1992, p.844). On a beaucoup dit aussi qu’Israël creusait un tunnel pour faire un branchement sur le Litani près du chateau de Beaufort et amener de l’eau dans la vallée du Hasbani au nord du lac de Tibériade. Il ressort de ses informations qu’il « n’existe pas de preuve concluante de l’existence d’un tunnel » selon John Kolars (John Kolars, « Les ressources en eau du Liban », in Maghreb-Machrek, numéro 139, octobre 1992).

On peut dire en premier lieu que les tensions où les conflits à propos de l’eau entre israéliens et arabes ne sont pas apparus soudain dans la période récente en raison de la pression démographique ou à la faveur de l’entreprise de tel ou tel Etat. En effet, ils s’inscrivent dans une durée historique qui leur donne le temps nécessaire et fournit un cadre indispensable d’analyse, éventuellement de résolution. C’est le cas pour les sources du Jourdain et le Litani, que le mouvement sioniste envisageait d’inclure dans l’espace territorial de l’Etat juif: en 1948, Israël contrôlait la source du Dan; en 1967, il s’est emparé de celle du Banias; en 1976, des sources du Hasbanu; et, depuis 1982, il occupe une portion stratégique du cours du Litani (Elizabeth Picard, « Les problèmes de l’eau au Moyen-Orient », dans Maghreb-Machrek, numéro 138, octobre-décembre 1992, p.9). Elizabeth Picard nous dit dans son article que « lorsqu’on examine les problèmes du partage de l’eau dans le bassin du Jourdain aujourd’hui, on ne peut qu’être frappé de l’actualité du plan proposé par les Etats-Unis en 1953 (plan Johnston) que les pays arabes avaient alors récusé, en conformité avec leur position politique du refus de la présence israélienne dans la région (Elizabeth Picard, « Les problèmes de l’eau au Moyen-Orient », dans Maghreb-Machrek, numéro 138, octobre-décembre 1992, p.9).

Notons, en deuxième lieu, qu’en absence d’un droit international élaboré sur la question, les règlements d’ordre technique ne dépendent pas d’un calcul rationnel, ni d’un choix de rentabilité de la part des Etats. La question de partage, enfin, est un enjeu stratégique et important dans le processus de paix israélo-arabe. On peut dire que, depuis 1967, Israël a pratiqué une véritable stratégie hydraulique s’articulant autour de deux axes: tout d’abord, la pratique d’une législation stricte, limitant et contrôlant la consommation d’eau des arabes de Gaza, de Cisjordanie et du Golan; ensuite, l’occupation de l’espace géographique par la présence physique, essentiellement militaire, et l’implantation des colonies de peuplement à proximité des régions riches en eau.

L’EAU ET LA DEMARCHE DE PAIX

Les questions fondamentales doivent toutefois être posées de manière différente. Le contrôle exercé par Israël sur les sources du Jourdain et les principales nappes phréatiques de la région n’est-il pas une exigence en matière de sécurité? Les dirigeants politiques reconnaissent l’existence d’un sérieux problème de déficit en eau en Jordanie et dans la bande de Gaza, mais également dans les autres pays arabes dans la région.

On estime que la rareté des ressources est à la base de l’aggravation du litige. La société israélienne Mekorot (la compagnie nationale des eaux) a été chargée par les militaires en 1982 de s’occuper de la gestion technique de tous les puits arabes à usage domestique et industriel. Mekorot gère près de 70% de l’eau utilisée dans les territoires actuellement occupés par les israéliens. Ben Meir, chargé précédemment de la question de l’eau en Israël, a bien posé le problème, dans une conférence (5 juillet 1989): « On estime le potentiel utilisable entre la mer et le fleuve (Jourdain) à 2 km3;  la Cisjordanie consomme 130 hm3 par an, la bande de Gaza 120, sans oublier que les pluies fournissent en général 70% de la consommation dans cette dernière zone. Israël se voit donc obligé de prélever davantage sur les réserves globales, pour ne pas parler de celles aquifères, présentes essentiellement en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, alors que la sécheresse s’est abattue ces dernières années sur toute la région (Abderrahman Al-Tamimi, « L’eau et son rôle dans l’élaboration de la paix au Proche-Orient », Maghreb-Machrek, numéro 139, octobre 1992, p.45).

On voit qu’il y a une contradiction et un grand décalage entre les espoirs économiques d’Israël et ses ressources en eau; la pénurie d’eau touche l’ensemble de la région (Israël, Jordanie, Syrie, Egypte, Liban). De ce fait, tous les Etats de la région, notamment Israël, seront amenés à réviser sérieusement leurs politiques d’implantation et de développement agricole. Ces données font que le problème de l’eau est devenu une constante dans le jeu mené par les politiques. Aussi les experts affirment-ils que la solution ne peut être mise en oeuvre que dans un contexte de paix favorisant la naissance de projets communs.

Les négociations multilatérales, qui ont repris à Washington depuis le 15 septembre 1992 parallèlement aux discussions bilatérales sur les problèmes territoriaux, la souveraineté et le statut administratif des palestiniens, ont été précédées par deux sessions de pourparlers sur la question de l’eau, tenues à Moscou en janvier 1992 et à Vienne au mois de mai de la même année. Dans la session tenue à Moscou, boycottée par les libanais et les syriens, le commissaire israélien chargé des questions de l’eau déclara au contraire que son pays était favorable à l’utilisation en commun des ressources disponibles, à la construction de nouvelles stations de dessalement et à la coordination des efforts dans le domaine du contrôle de la pollution.

Les israéliens redoutent en effet, que le passage de ces deux réserves d’eau essentielles sous contrôle palestinien ne conduise à une mauvaise surveillance des pompages, à des forages non réglementés de puits. Ceci explique le peu d’empressement des israéliens à renoncer à la Cisjordanie dans le cadre d’un règlement selon le principe de « la paix contre les territoires » (Natasha Beschorner, « L’eau et le processus de paix israélo-arabe », in Politique étrangère, numéro 4/1992, p.849).

Mais, d’autres problèmes se posent avec la demande en eau de la Cisjordanie qui augmenterait sérieusement à la suite du retour des palestiniens de la diaspora au lendemain de la création d’un Etat palestinien indépendant. Certaines suggestions ont même été avancées. Bien des questions se posent également en ce qui concerne le règlement du conflit syro-israélien. Si le Golan est restitué à la Syrie, les israéliens obtiendront-ils la garantie que cette dernière ne va pas exploiter, et par là même, réduire le débit du Banias? Le retrait partiel d’Israël, que celui-ci propose actuellement, lui permettra-t-il de préserver son contrôle sur ce fleuve?

Il faut rappeler que les israéliens ont refusé de négocier avec les palestiniens sur le problème de l’eau. Le commissaire de l’eau israélien a déclaré « qu’en ce qui concerne l’eau, Israël ne veut dépendre d’aucun pays voisin, même en temps de paix » (Jerusalem Post, 13 février 1992). Encore dans les discussions du 13 et 14 mai 1992 à Vienne, les représentants israéliens ont une fois de plus souligné l’opposition de l’Etat hébreu à toute réallocation des ressources hydrauliques dans la région.

Israël, qui considère que la redistribution des maigres ressources existantes équivaut à un jeu à somme nulle, soutient au contraire les projets globaux de l’eau disponible. Deux idées ont été exposées jusqu’au présent, la première consistant à importer de l’eau et la seconde, à mettre en oeuvre des entreprises conjointes arabo-israéliennes de construction de stations de dessalement de l’eau de mer sur la côte de la Méditerranée (Natasha Beschorner, « L’eau et le processus de paix israélo-arabe », in Politique étrangère, numéro 4/1992, p.850).

La deuxième idée comporte plusieurs propositions: le stockage des eaux du Litani dans le lac de Tibériade ou par un barrage sur le Yarmouk afin de ravitailler la Jordanie et la Cisjordanie; l’acheminement de l’eau depuis la Turquie par un aqueduc sous-marin; la construction d’un aqueduc permettant d’approvisionner la Syrie, la Jordanie et la Cisjordanie depuis les rivières turques Ceyhan et Seyhan; l’importation, par Israël, de l’eau du Litani en échange de l’électricité, et, finalement, l’importation de l’eau du Nil dans la bande de Gaza par un canal creusé à travers le Sinaï. Tous ces projets impliquent toutefois que les jordaniens et les palestiniens renoncent à leurs revendications sur le Yarmouk (Natasha Beschorner, « L’eau et le processus de paix israélo-arabe », in Politique étrangère, numéro 4/1992, p.850).

Beaucoup de spécialistes en sont persuadés: le réel désir arabe (jordaniens et palestiniens) est d’obtenir un droit de regard légitime sur les projets hydrauliques du Jourdain utilisés aujourd’hui par Israël. Les palestiniens veulent une reconnaissance du principe de la paix contre les territoires et l’instauration d’une administration palestinienne dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Ce sont les conditions nécessaires à toutes négociations sur le problème de l’eau. Ils insistent sur le fait que la principale d’entre elles est celle du contrôle des ressources hydrauliques, et exigent la restauration des droits légitimes, ainsi que l’établissement d’un quota minimum de 220 millions de mètres cubes par an (Le Monde, 24 février 1992).

La position de la Jordanie consiste à dire que la répartition des ressources hydrauliques doit passer d’une situation de déséquilibre au principe de l’utilisation équitable de l’eau. Les jordaniens pensennt que leur pays se trouve lésé par ses voisins, d’autant plus que les moyens de pression dont dispose Amman sont extrêmement limités. Il faut dire que la Jordanie n’a pas grand chose à perdre.

La position de la Syrie est claire pour la poursuite des négociations sur la question de l’eau: elle demande la reconnaissance internationale et la délimitation définitive de la frontière israélo-syrienne, ainsi que les droits des palestiniens. On estime que la Syrie pourra discuter si les conditions préalables se truvent réalisées. Une grande partie des spécialistes sont persuadés que la volonté israélienne de garder le Golan tient plus à des considérations ayant trait à l’eau qu’à une exigence de sécurité, mise à mal par les tirs de missiles irakiens durant la guerre du Golfe.

Quant au Liban, il est opposé à toute proposition d’exportation des eaux du Litani, alors même que tous les projets d’aménagement du bassin du Jourdain soutenus par Israël, ont jusqu’à présent inclu le Litani. Depuis 1982, lors de l’invasion israélienne du Sud-Liban, l’opération « Paix en Galilée » a établi au Sud-Liban une zone de sécurité d’Israël tout le long du Litani. Le Liban insiste sur le fait que ses ressources hydrauliques ne sont pas négociables, tandis que les experts libanais affirment que le pays manque d’eau déjà. Mais, aussi le Liban réclame le respect de la résolution 425 de l’ONU qui demande à Israël de se retirer du Sud-Liban. Il est toutefois probable qu’Israël voudra maintenir son contrôle sur le Hasbani et la source du Dan, même au cas où il finirait par se retirer du Sud-Liban.

CONCLUSION

La question est aujourd’hui de savoir quelle approche se révélera la plus pertinente pour faire face à la crise croissante de l’eau au Moyen-Orient. Doit-on, donc, privilégier les aspects techniques, à travers le développement des ressources marginales et l’augmentation de la quantité totale d’eau disponible dans la région, ou plutôt les solutions politico-juridiques, avec la reconnaissance des revendications historiques, ou encore, accepter le principe du partage de l’eau? Quoi qu’il en soit, le problème central est, dans les deux cas de figures, celui du contrôle des sources d’approvisionnement.

Pour conclure cet exposé, il nous faut bien considérer que l’eau dans le conflit israélo-arabe est sans doute le principal élément géopolitique et stratégique. Il vient s’ajouter d’une certaine manière au problème du pétrole.

Il est avant tout important aujourd’hui de se fixer des objectifs réalistes. Les négociations de paix entre israéliens et arabes sur les problèmes hydrauliques arriveront-ils à trouver un terrain d’entente pour éviter un conflit qui viserait à se substituer à un partage équitable d’un élément indispensable à la vie. Il ressort de ce que nous venons de dire quelques réflexions.

Tout d’abord, il semble bien que l’événement historique de la reconnaissance mutuelle entre israéliens et palestiniens s’ouvre vers une nouvelle ère au Moyen-Orient. La poignée de main entre le président de l’OLP Yasser Arafat et celle du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin le 13 septembre 1993 à Washington, constituent un accord historique sur le plan géopolitique. L’accord sur l’option « Gaza, Jéricho d’abord » est peut-être un pas vers la paix globale. La place de l’eau est en effet importante. Selon la déclaration de principes de l’accord israélo-palestinien, il prévoit « une coopération dans le domaine de l’eau, comprenant un programme de développement des ressources hydrauliques préparé par des experts des deux parties qui devra spécifier aussi les modalités de coopération dans la gestion des ressources aquifères en Cisjordanie et la bande de Gaza (Le Figaro, mardi 14 septembre 1993, Le texte intégral de l’accord israélo-palestinien, p.8). Un espoir et un message de paix des ennemis d’hier. Mais, peut-on dire également qu’Israël doit aller rapidement vers la réconciliation avec les autres Etats de la région (Syrie et Liban).

Ensuite, le monde arabe doit s’orienter vers une stratégie cohérente qui favoriserait une réconciliation inter-arabe afin de négocier avec les autres pays de la région et en particulier avec la Turquie. Celle-ci est un acteur principal dans l’échiquier politico-économique au Moyen-Orient. Ankara peut apporter un message de paix et jouera un rôle constructif dans la région.

Enfin, le partage de l’eau suppose d’étudier la répartition d’autres richesses dans la région et même de songer à évoquer les problèmes de désarmement.

C’est seulement dans un cadre de paix que l’on peut espérer un jour mettre fin aux conflits larvés, ou hélas, pour le malheur des peuples concernés, meurtriers.

(VARIA TURCICA XXVIII, Enjeux et rapports de force en Turquie et en Méditerranée orientale, Jacques Thobie, Roland Perez, Salgur Kançal; Ed. L’Harmattan)

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