Nationalisme arabe: succès et échecs (2)

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LIGUE ARABE OU PACTE DE BAGDAD

La guerre finie, la Grande-Bretagne demeurait seule en place au Moyen-Orient, même si, juridiquement, l’Irak, la Transjordanie – devenue Jordanie en 1946 -, etc., étaient des Etats indépendants, même si les Etats-Unis profilaient leurs ambitions pétrolières en Arabie Saoudite, même si renaissait l’idée d’unité arabe. Elle voulut la contrôler, reprenant plus ou moins les projets élaborés pendant la Première Guerre mondiale.

L’initiative de la création d’une Ligue arabe avait émané de Nouri Saïd, Premier ministre de l’Irak, après l’alerte du soulèvement de Rachid Ali. Il prévoyait en effet la formation d’une Grande Syrie, comprenant la Syrie, le Liban, la Transjordanie et la Palestine par voie de fédération. Une autonomie serait concédée aux juifs de Palestine tout comme aux chrétiens maronites du Liban. Enfin, une Ligue arabe lierait l’ensemble avec l’Irak. La Grande Syrie devait être constituée sous l’égide du roi Abdallah de Jordanie, l’Irak prendrait la tête de l’Union, mais celle-ci serait placée sous la domination des Hachémites. Certes, Antony Eden approuva le projet, mais une partie des libanais et l’Egypte, surtout, protestèrent. Nahhas Pacha prit alors Nouri Saïd de vitesse et, à Alexandrie, annonça la création de cette Ligue arabe dont le projet allait contre celui d’une unité arabe centrée sur le Croissant Fertile. Cette victoire du Caire sur Bagdad contenait la promesse d’une aide à tout mouvement national arabe, jusqu’en Afrique du Nord, et à toute lutte menée contre Israël.

Mais, faute de moyens puisque privée ainsi du soutien de l’Angleterre, cette Ligue ne pouvait que se limiter à faire des proclamations. Elle fut paralysée surtout par la rivalité entre Etats, ceux de la Syrie et de l’Irak notamment. De sorte que son drapeau fut brandi essentiellement par le parti du Baath créé en Syrie par un grec-orthodoxe, Michel Aflaq, un sunnite, Salah Bitar, et un alaouite, Zaki el-Arsouzi. Le Baath se présente comme un mouvement arabiste unitaire, laïc: l’Islam y est une manifestation du génie éternel de l’âme arabe, non une révélation divine. Le socialisme est considéré comme un moyen pour arriver à l’unité du monde arabe.

Cette arabisation de l’Islam était bien à l’opposé de l’islamisation de l’arabité telle que la préconisaient les Frères musulmans en Egypte puis plus tard en Syrie.

A l’appel de la Ligue arabe, cette unité se manifesta lors de la création de l’Etat d’Israël en 1948: les armées de ces cinq Etats, rejetant la décision de l’ONU, sont dispersées ou vaincues par les milices qui n’étaient pas encore Tsahal, l’armée que Ben Gourion constitua en pleine invasion. Pour les arabes, et notamment pour les égyptiens, ces défaites représentent un désastre, fruit, il est vrai, de leur absence de coordination alors qu’eux seuls disposaient de forces blindées et d’aviation. Pour Israël, cette guerre d’indépendance aboutit à un accroissement de son territoire après l’annexion du désert du Néguev. Surtout, la zizanie et les rivalités entre les Etats arabes se donnèrent libre court: le roi de Jordanie, Abdallah, s’assura le contrôle de la Cisjordanie en négociant une paix avec Israël, avant d’être assassiné par les hommes du grand mufti (1952).

Le contre-choc de la défaite de 1948 ébranle la plupart des Etats arabes, la Syrie notamment où les coups d’Etat militaires succèdent aux coups d’Etat et où grandit l’influence du parti communiste qui, en vérité, puise sa force, tout comme au Liban, dans les communautés chrétiennes, arménienne surtout. Comme s’il y avait une continuité avec l’ancienne politique russe de protection des minorités.

Mais, plus que tout, l’appel à la signature du pacte de Bagdad, monté contre l’URSS, apparaît comme une provocation et une trahison: l’Irak, arabe, inspiré par la Grande-Bretagne, ne deviendrait-il pas l’allié  des turcs, l’ancien oppresseur, et des persans, l’ennemi héréditaire?

En Egypte, le régime issu du coup d’Etat de Néguib et de Nasser institua une société militaire dont les dirigeants, Nasser le premier, se dégageaient de l’emprise des Frères musulmans tout en combattant les communistes dont Nahhad Pacha et le Wafd toléraient l’existence. Ame du soulèvement contre le roi Farouk, il avait aimé jouer les hommes de l’ombre et, tel le Mouron rouge, son héros préféré, il voulut épargner sa victime, le roi Farouk, et le laissa partir pour l’exil. Cela ne l’a pas empêché d’écarter brutalement par la suite, voire d’emprisonner ceux qui n’avaient pas accueilli favorablement son ascension, les Frères musulmans et les communistes. Les premiers organisèrent des attentats contre lui, à moins que la première tentative n’ait été une mise en scène pour régner seul après avoir éliminé le général Néguib qu’il avait mis en avant lors du coup d’Etat.

Pour l’essentiel, tous étaient néanmoins solidaires dans la lutte pour chasser les anglais du pays. Sauf qu’alors cet objectif se trouvait au croisement de plusieuts théâtres d’opérations.

En premier lieu, celui de la guerre froide; ensuite, celui de la décolonisation qui concerne tant l’Angleterre au Moyen-Orient que la France au Maghreb; en troisième lieu, le conflit israélo-arabe. Trois champs d’action qui se télescopent. D’autres zones conflictuelles émergent ensuite: d’une part, la rivalité entre les Etats-Unis et les anciennes puissances coloniales, qui a commencé à se manifester depuis quelques années; d’autre part, l’association des deux « grands », USA et URSS, qui tentent d’imposer leur loi aux autres peuples, de partager le monde en zones d’influence.

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